Vins de Savoie : de la haute-couture ! 04 avril 2012

Notre Ecole d’oenologie s’est donné pour objectif de faire découvrir des vins moins connus mais qui sont de véritables merveilles à la dégustation, sans préjugés sur l’étiquette ou l’appellation. Ces principes guident également les cours d’oenologie et de dégustation de vin que nous dispensons. Parfois, il n’est pas possible de partager en face à face certaines découvertes, ainsi nous les postons sur Internet.

La dernière découverte en date est impressionnante. Il s’agit de deux vins de Savoie, l’un blanc et l’autre rouge, tous deux issus du Domaine des Ardoisière. C’est un vignoble planté sur le Coteau de Cevins à proximité d’Albertville. Le coteau est en un seul tenant de 7 ha planté en cépages savoyards. Il doit son existance à une sorte de partenariat public privé entre le maire et ses adjoints et des vignerons. Planté dès 1999, il produit ses premiers vins quelques année plus tard. Les vignes y sont travaillées dans le plus grand respect de la terre en suivant les principes de la biodynamie (un peu le nec plus ultra du bio). Et le résultat est à la hauteur !

Nous avons pu déguster l’Argile blanc 2010 et l’Argile rouge 2009.

Les deux bouteilles ressortissent au classement administratif des vins IGP « Allobrogie ». Et ce sont de vraies bouteilles de compétition, jugez plutôt.

L’Argile blanc 2010, qui est composé de 40% chardonnay 40% jacquère et 20% mondeuse blanche, montre une très belle robe brillante, jaune vert pâle. Au nez il dégage un bouquet très fin, élégant, intense et complexe. Les notes rappellent au départ la pomme, le citron vert pour s’ouvrir sur des fruits blancs plus mûrs, presque compotés, voire une pointe de cire. En bouche, ce qui frappe en premier lieu est le très bel équilibre gustatif entre la fraicheur due à l’acidité et la rondeur due à l’alcool. Le vin s’ouvre sur une note de fruit, continue sur des saveurs plus chaudes et épicées pour se terminer sur une splendide finale savoureuse et minérale. Très fin et bien structuré. La persistance est relativement intense (nous avons compté 5 caudalies). Par ailleurs, ce qui ne gache vraiment rien, il titre à 12 %. Enfin un flacon qui revient à des taux d’alcool raisonnables. La bouteille en notre possession avait un peu de CO2 résiduel qui contribuait à la nervosité et au dynamisme du vin.

Avec quels mets l’accompagner ? il s’agit véritablement d’un très grand vin. Il s’accomodera de toute préparation classiquement mariée au vin blanc, comme les poissons en sauce ou les viandes blanches. Vu son intensité et sa persistance, il sera également un compagnon parfait pour un plateau de fromages affinés. Enfin, il est possible également de le siroter tout simplement, le soir, tranquillement, sans aucun accompagnement, chaque gorgée révélant des notes nouvelles et appréciées.

L’Argile rouge 2009, qui est composé de 80% gamay et 20% persan, montre lui une robe rouge brillante, assez intense, tirant sur le rubis avec quelques reflets pourpres. Le nez est incroyablement fin, intense, complexe. Il débute sur des notes de poivre suivent des notes de pain grillé, puis une pointe de fumé pour terminer par un rappel subtil du café. Ce n’est qu’ensuite que l’on remarque les notes chaudes de fruits rouges mûrs. En bouche c’est une explosion de saveurs. Les tannins sont soyeux et veloutés. L’acidité est parfaitement maîtrisée et donne du relief et de la structure au vin. La finale est savoureuse, épicée, presque chocolatée, avec comme une pointe de menthol et de réglisse … Très belle persistance aromatique, sûrement au-delà des 5 caudalies. Comme son collègue blanc, ce vin ne titre qu’à 12 %, on peut donc prendre un verre de trop sans (trop) de crainte.

Ce vin, comme le précédant peut sans aucun problème se boire seul, tel un vin de plaisir sophistiqué. Bien entendu, il accompagnera également toute préparation fine et délicate qui pourra entrer en dialogue avec le vin. Nous pensons, par exemple à un simple filet de boeuf, piqué au romarin, et servi avec un filet d’huile d’olive. Une préparation locale à base de fromage fera également l’affaire, l’acidité du vin pouvant contrebalancer avec succès les protéines et lipides d’une tartiflette par exemple.

Enfin, un dernier conseil. Ces vins sont fermés à l’ancienne avec une capsule de surbouchage en cire. Malgré des précautions avisées, notre sommelier n’a pas pu s’empêcher de disperser quelques débris de cire aux toute la table. Soyez prudents à l’ouverture ou effectuez-là à l’abri des regards indiscrets.